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DUO - TRIO

 

COMPOCRÉATITREANALYSETPSVALNIVN
Boulez
(Pierre)
1946Sonatine (flûte et piano) [21 ans]Flûte-Piano. Une œuvre difficile qui d'emblée marie le dernier Debussy, Stravinsky et les 12 sons de Schoenberg (la Symphonie de Chambre op. 9) ; un seul thème avec 4 climats en un seul mouvement et un rejet clair de tout post-romantisme font de cette œuvre la première manifestation de la reconstruction d'après guerre, en «oubliant les années folles ; beaucoup de changements de tempo, de tourbillons, de violence, d'agressivité sont la caractéristique du Boulez jeune ; c'est sa première composition officielle, même si elle a été créée après la 1ère Sonate et après les "Notations" (piano solo) ; Extrait-Vidéo [création publique : 1947 (sans précision), à Bruxelles (Belgique), création privée en 1946].14xx++.
Boulez
(Pierre)
1952Structures, premier Livre (2 pianos) [27 ans]Piano-Piano. Une œuvre extrêmement difficile à jouer (et à écouter), mais qui représente l'emblème du sérialisme intégral ; seule l'écoute répétée que permet le disque permet d'apprécier ses correspondances (structure 1a) et de se laisser dériver vers le néant (structure 1b), puis de se perdre dans le continuum (comme un mouvement perpétuel, structure 1c) ; l'autre emblème du sérialisme est "Polyphonie X" (de la même époque et non encore publié) ; la structure 1a est devenue l'icône initiatrice du sérialisme pointilliste ; pour l'anecdote, Boulez a délibérément choisi, comme série des hauteurs (au sens du dodécaphonisme de Schoenberg), celle de Mode de Valeurs et d'Intensité de Messiaen (1948) [création : 4 Mai 1952, par Olivier Messiaen et Pierre Boulez, au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris].12xxx+.
Boulez
(Pierre)
1956Structures, deuxième Livre (2 pianos) [31 ans]Piano-Piano. Une œuvre plus accessible que le premier Livre et qui fait pendant à la Troisième Sonate en tant qu'œuvre ouverte (révision : 1961) ; peu jouée, malgré un premier succès, cette partition devrait être ré-interprétée par de jeunes pianistes qui n'ont pas connu l'aridité culturelle de cette époque ; 2 parties (2 livres qui se feuillettent différemment), la première fait dialoguer les 2 pianistes avec toute la palette sonore et la seconde appelle l'œuvre ouverte dans une grande subtilité de délégation (qui requiert des interprètes imaginatifs et même créatifs, ce qui est rare) et une fantastique mobilité (que l'on retrouve dans le Quatuor) [création : 21 Octobre 1961, Festival de Donaueschingen (Allemagne), par Yvonne Loriod (épouse d'Olivier Messiaen) et Pierre Boulez, et précédemment en 1956, en concert privé].20xxx++.
Chostakovitch
(Dimitri)
1944Trio n°2 opus 67 (violon, violoncelle et piano) [38 ans]Trio-Piano. Une œuvre cyclique, complètement élégiaque, sur des thèmes Juifs (apocryphes ou non) de la danse des morts, en 4 mouvements : une ouverture au violoncelle seul, relayé dans une ambiance chromatique de désolation, instable, le second (célèbre) sardonique, chaloupé et débridé, le troisième, lente passacaille funèbre, sur les 8 accords énoncés d'emblée par le piano (émouvant), le quatrième, danse macabre et sarcastique ; un sommet de l'émotion, à interpréter sans pathos [création : 14 Novembre 1944, à Saint Petersbourg (alors dénommée, Leningrad, juste libérée)].24xxxx+++++.
Chostakovitch
(Dimitri)
1975Sonate pour alto (alto et piano) [69 ans]Alto-Piano. Une œuvre-bilan qui s'ouvre par une élégie désabusée des 2 instruments (alto pincé), se poursuit par une séquence (à peine) plus enjouée, comme une réflexion sur le passé, sur l'errance, puis se perd dans une méditation introspective ; dans le finale, le compositeur fait un bilan de sa vie par celui de la Musique, en citant, par bribes, certaines de ses pièces et de Beethoven (Sonate "Au Clair de Lune") et de Wagner ; terriblement triste, poignant, abyssal [création : 1er Octobre 1975, à Leningrad (Saint-Petersbourg, Russie)].29xxxxx++++.
Crumb
(George)
1972Vox Balaenae (flûte, violoncelle, piano, amplifiés) [43 ans]Trio (flûte, violoncelle et piano, tous électriquement amplifiés). La pièce, onirique, avec une simple mise en espace (3 joueurs avec masques noirs cachant la moitié du visage à la Vénitienne qui aussi jouent des petites percussions ou sifflent, sous un éclairage bleu profond) est inspirée par le chant des baleines à bosse ; elle emmène au cours d'un voyage sonore, d'une fiction sonore dans les abysses marins avec une nouvelle «échologie» (sans être un poème paysagiste) ; la pièce s'ouvre par un solliloque à la flûte sur un thème de couleur Orientalisante (avec voix-commentaire du flûtiste) comme pour un préambule de conteur d'histoires (doux ou ardent, selon interprétation), puis théâtralement le piano entre en scène, solennel-péremptoire (et modifié-étendu avec action sur les cordes, comme un gamelan Balinais ou inversement au spectre gommé, ou encore un effet de harpe), avant de faire entendre la complainte de la baleine qui est une mélodie très étirée (au violoncelle dans le registre aigu, avec glissandos) ; le voyage sonore onirique s'engage alors avec effet d'échos (par électrification), avec temps suspendus (ou nage en liberté-apesanteur, pour être plus proche du titre), plutôt lent et déclamatif ou allusif avec des interludes accélérés et fugitifs ; il en ressort, malgré ces interludes, une grande paix intérieure, une douceur ; pour l'anecdote, le titre en Latin est souvent mal traduit "Voix des Baleines" alors que c'est "Voix de [la] Baleine") ; Pop-up: ; Extrait-Vidéo [création : 17 Mars 1972, à la Bibliothèque du Congrès, à Washington (D.C., USA)]20xxx+++++N
Goeyvaerts
(Karel)
1951Sonate n°1 (2 pianos) [28 ans]Piano-Piano. Une œuvre d'une grande pureté, cristalline et difficile, qui sert de pont entre le Messiaen d'après guerre et le sérialisme et qui présente l'originalité de mettre en perspective antagoniste croisée les 2 pianistes ; aujourd'hui, davantage une curiosité historique (pour seulement, son 2ème mouvement, du premier sérialisme, inabouti, les 3 autres mouvements étant plutôt scolaires, Weberniens, dodécaphoniques, inspirés par les "Variations pour piano"), car elle n'a ni la dimension, ni l'inspiration musicale des premières pièces de Boulez et de Stockhausen (même si ce dernier s'en est fortement inspiré dans "Kreuzspiel", par exemple) [création privée (ne figure pas sur le programme officiel) : Été 1951, aux Ferienkurse de Darmstadt (Allemagne)]... de la même veine, le 2ème Concerto pour violon (1951).13xx++.
Greif
(Olivier)
1998Trio (violon, violoncelle et piano) [48 ans]Trio-Piano. Une œuvre belle et inspirée, sans modernité revendiquée et même de facture plutôt traditionnelle (quoique bâtie sur une seule cellule de 4 notes, en Allemand DSCH, initiales de l'hommage à Chostakovitch) : à la fois urgente, contrastée (voire violente par ses larges clusters de l'avant bras au piano), dramatique, triste et profondément expressive, en 4 mouvements ; le premier, de profundis, est d'un désespoir total (à peine soulagé vers la fin), le second est une Java (mais le thème est déstructuré, n'est plus dansant, voire fantômatique), le troisième est franchement sentimental (mais sans affect), doux, lyrique, le quatrième évolue vers la lumière, de plus en plus brillante ; Extrait-Vidéo [création : 11 Novembre 1998, en l'église de Verquin, aux Rencontres Musicales en Artois (France)].26xxx+++++.
Greif
(Olivier)
1997Sonate pour 2 violoncelles The Battle of Agincourt (2 violoncelles) [47 ans]Violoncelle-Violoncelle [La Bataille d'Azincourt]. Une pièce à l'effectif rarissime, fiévreuse, modale, de méditation sur la guerre et sur la mort ; elle emprunte à un thème médiéval (la bataille datant de 1415, en Artois) qui apparaît dès le 1er mouvement ("Molto lento, quasi cadenza"), plutôt statique, annonciateur de l'imminence de la bataille et de son issue (funeste pour les Français) ; le 2ème mouvement ("Chaconne"), initialement fiévreux avec une exhortation à la guerre (avec des galops de chevaux), puis mouvement avec des cliquetis simulant les chocs des armes, est une pièce tout particulièrement chromatique (par demi-tons) ; le 3ème mouvement ("Shtil, di nacht is ojsgesternt" [Silence, la nuit est peuplée d'étoiles], un chant du ghetto de Varsovie) est un long adagio plaintif, un trio avec le réveil des morts dans les limbes, puis la bataille revient dans un autre monde ; le 4ème mouvement ("Rondeau de la Belle Dame sans Merci!", inspiré de la ballade de John Keats) est en fait une danse des morts ; les 2 violoncelles sont parfois fusionnels, d'autres fois antagonistes ; à savoir : la version initiale de la pièce est pour un seul violoncelle, mais l'exécution étant trop difficile, vue la polyphonie des voix de l'instrument (jusqu'à 4 voix), un second violoncelle a été ajouté [création : 29 Avril 1997, à Freiburg (Allemagne), conservatoire de Freibourg en Brisgau, et, 8 Mai 1997 (en public) aux rencontres musicales de La Prée (France)].35xxxx+++.
Grisey
(Gérard)
1988Accords perdus (2 cors) [42 ans]Cor-Cor. Une œuvre originale (par le jeu nouveau assigné au cor et par les sons multiphoniques), dense et difficile, lente mais dynamique, qui exprime, dans ces 5 miniatures, un état fusionnel (les 2 cors personnalisent un seul instrument idéalisé ou le glissement de l'un à l'autre) dans des délires conflictuels (luttes, aboiements et accrochages où le grotesque côtoie l'essoufflement) et des délices sonores (notamment par un jeu d'échos d'un cor à l'autre), pour se terminer dans un calme inattendu ; outre le son spectral obtenu avec les 2 instrumentistes, le compositeur y explore nouvellement la résonance pour ses 2 instruments (habituellement traités pour leur homophonie instable) [création : 26 Mai 1988, Centre Georges-Pompidou, à Paris (France)].12xxx++.
Hurel
(Philippe)
2003Loops III (2 flûtes) [48 ans]Duo (2 flûtes). Une pièce franchement obsessionnelle, péremptoire, plastique, et fascinante par les rythmes innovants (complexes, pas seulement binaires, déhanchés), par le duo lui-même (tout en homophonie, sur des schémas parallèles), par les jeux de boucles (une boucle créée se transforme le plus souvent par morphing, pour se jeter dans un autre boucle), par le style à contre-courant (pas d'effets de langue et autres modernités post-Debussystes), et par l'ascendance spectrale (microtonalité) ; en 2 sections inégales (1 tiers, 2 tiers) : la 1ère section est très ludique, dynamique, motrice et plus particulièrement homophonique (sauf quand l'une des 2 flûtes s'émancipe du duo et s'échappe, un moment, avant de revenir correctement dans le rang) ; la 2ème section est d'abord rêveuse, un rien fuguée, puis s'accélère jusqu'au tourbillon, suit un chemin qui semble ne mener nulle part jusqu'à ce que la mécanique se détraque (alors elle reprend un instant, avant de s'effondrer) ; à noter pour l'anecdote qu'à l'écoute, lors de la 1ère section, la pièce fait penser plusieurs fois d'une certaine façon (pulsation dynamique qui se transforme) au minimalisme Américain, mais c'est en réalité un pied de nez (peut-être ironique) [création : 7 Novembre 2003 à la Maison de Radio-France, à Paris (France)]... de la même veine, sur un mode parallèle et même opposé (une seule flûte, en dialogue avec elle-même, utilisant tous les outils dits modernes type pizzicati, souffle, effet de langue, glissandi), "Loops I" (2000).11xxxx+++N
Ligeti
(György)
1982Trio (violon, cor, piano) [59 ans]Trio-Piano. Une pièce séduisante, savante (par ses transformations) et accessible, mais pas essentielle au catalogue du compositeur ; elle fait référence au trio opus 40 de Brahms pour les mêmes instruments (mais ce n'est pas une véritable clé, plutôt un clin d'œil, un hommage ou un pied de nez, car il n'y a qu'une seule citation dans la pièce, et elle est issue de la sonate "Les Adieux" de Beethoven !), en raison de son caractère résigné, et souvent triste, de formulations en apparence simple (faussement) qui rappelle la poignante efficacité émotive de Brahms (sans développement) ; une œuvre en 4 mouvements (classiques) marquée par l'indépendance des instruments entre eux (chacun joue sa propre partie) : le 1er mouvement (andantino con tenerezza) s'ouvre sur une mélopée au cor (le violon joue une sorte de choral à 2 voix avec un développement de la cellule initiale, Ie cor, une mélodie non-tonale, mais diatonique, et le piano, des échos et des variantes du choral du violon), le 2ème (vivacissimo molto ritmico) est un mélange savant de rythmes dans une danse effrénée polymétrique, très rapide et teintée d'Europe centrale (et aussi Brésilienne, avec une samba cachée, ou Jazzy par l'écriture irriguée du piano), le 3ème (alla marcia), le plus ambitieux, est une marche avec des couches rythmiques décalées, le 4ème (lamento, adagio) est une lamentation lancinante très expressive (et une variante chromatique des 3 précédents, davantage diatoniques), avec une montée progressive de la tension dramatique, culminant par un piano grave et percussif, comme un tambour imaginaire en sourdine du cor [création : 7 Août 1982, à Hambourg-Bergedorf (Allemagne)].22xxx++++N
Poulenc
(Francis)
1957Sonate pour flûte (flûte et piano) [58 ans]Flûte (traversière)-Piano. La pièce élégiaque et primesautière (ébauchée dès 1952), aux thèmes-mélodies immédiatement reconnaissables (des tubes), représente bien le style du compositeur dans son laisser-aller, par son aisance, par sa gaieté légère, et dans sa culture Française par son élégance, par sa clarté ; le 1er mouvement (allegretto malinconico) commence par une mélodie alanguie, qui s'enhardit comme un élan amoureux (trilles), avant de se développer avec largesse et volupté ; le 2ème (cantilena, assez lent) s'épanche doucement avec beaucoup de pudeur (le piano est mis davantage en avant, avec rubato) ; le 3ème, rapide (presto giocoso) est par contraste brillant et virtuose (notamment pour le flûtiste), essentiellement sautillant (les 2 solistes se courrent littéralement après l'un l'autre), avec des intermèdes ralentis et pénétrés et un final théâtral ; Extrait-Vidéo [création : 18 Juin 1957, au Festival de Strasbourg (France), par Francis Poulenc et Jean-Pierre Rampal (dédicataire), et en privé la veille pour Arthur Rubinstein, selon une commande d'Elisabeth Sprague-Coolidge, mécène Américaine]... de la même veine, la sonate pour clarinette et piano (1963)13xxx+++++.
Robin
(Yann)
2007Schizophrenia (clarinette et saxophone) [33 ans]Duo (clarinette en si bémol et saxophone soprano, spatialisés). Le titre est, rareté, tout à fait en phase avec l'écoute et la spatialisation : la maladie psychiatrique (en Français, schizophrénie) se caractérise par un dédoublement de la personnalité via des hallucinations visuelles ou auditives, et le compositeur n'a pris qu'une liberté, c'est de situer ce dédoublement sur le même plan (alors que pour la maladie, le dédoublement est séquentiel) ; en pratique, la pièce, d'un seul tenant, illustre un dialogue entre 2 instruments au timbre très proche avec des phrases et des couleurs proches ou distinctes, ensemble ou un peu décalées, ce qui crée une sensation de malaise, de glissement du conscient, d'évasion irrationnelle et se traduit par des illusions sonores, certaines microtonales ; sur le plan visuel, les 2 solistes, au départ côte à côte derrière un demi cercle de chevalets avec partitions, s'éloignent peu à peu l'un de l'autre au fur et à mesure du temps (dédoublement), pour se faire face, antagonistes, à la fin ; la pièce débute par un énoncé factuel (comme une situation banale), puis avance par vagues, sûrement, typiquement en saturation et en mode forte pour les 2 instrumentistes, pour se terminer (une fois que la dite crise est passée) dans l'apaisement (court et suspendu) ; l'écriture des 2 parties est brillante et acrobatique et le jeu des rythmes est redoitables pour les 2 musiciens [création : 13 Janvier 2007, au CDMC de Paris (France), par Cédric Carceles, Alain Billard]14xxxx+++N
Scelsi
(Giacinto)
1965Duo (violon et violoncelle) [60 ans]Violon-Violoncelle. Une œuvre de chambre dans la lignée des pièces pour orchestre monodiques, mais plutôt grinçante qui, maniant ad libitum les quarts de tons et la scordatura (pour les 2 instruments), paraît curieusement statique (immobilité de la note, oscillations) et motrice (hauteurs, variations de rythmes) à la fois : 2 mouvements cohérents, mais assez dissemblables, le premier fiévreux, le second plus intériorisé, sans être serein, qui se termine par une longue note en suspension (sérénité?) [création : 1965 (?), lieu inconnu].11xxx++.

 



Actualisation : 09-Octobre-2017


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