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GRAND ORCHESTRE INSTRUMENTAL

 

COMPOCRÉATITREANALYSETPSVALNIVN
Amy
(Gilbert)
1989Orchestrahl (grand orchestre) [53 ans]Orchestre (grand, bois par 4, et même 8 cors). Une symphonie (sans le nom, jugé rétrograde à l'époque) en 4 mouvements, et un feu d'artifice de couleurs orchestrales qui allie douceur et blocs de manière assez unique ; dans l'ordre : (1, "Praeludium"), un prélude assez long (pour une entrée en matière), en fait plus du tiers du total, marqué d'abord par des appels de cuivres sur un tapis orchestral rutilant, puis par des contrastes qui avancent par vagues fluctuantes (comme le ressac), parfois en ralentissant, parfois en accélérant, en s'éparpillant puis en s'agglomérant jusqu'aux blocs (le milieu du mouvement se distingue par un hommage bref au "Rituel" de Pierre Boulez, et sa fin est astucieusement enchaînée au mouvement suivant par un fascinant diminuendo aux cordes, comme une expectative inaboutie), (2a, "Etale"), plus lent et étiré (comme la phase étale de la marée), calme mais frémissant ou frissonnant, avec des dialogues en échos et en saillies entre divers bois (flûte, hautbois, clarinette) et cors en sourdines, puis un crescendo très léger qui montre vite son impuissance avant le retour aux interrogations (2b, "Récitatif), un presque rondeau en presque variations, vif, aux arêtes irrégulières, séparé par des épisodes plus calmes, qui s'ouvre par une douce fanfare, aux bois, reprise plus tard aux altos (un festival de couleurs, ludique, presque narquois), (3, "Après Chant", qui s'enchaîne aussi au précédent), dans lequel plusieurs séquences du 1er mouvement réapparaissent après transformation des matériaux (les métamorphoses sont difficiles à décrypter), dans un mode plutôt chaotique mais très maîtrisé, qui renvoie une impression de globalité à la pièce, par retour sur elle-même, avant un bref final dans la sérénité ; une pièce phare de l'époque post-sérielle, tendance assagie, à l'orchestration brillante [création : partiellement, en 1986 et 1987, intégrale, en Novembre 1989, à Metz (France), puis révision en 1990 et 1995)]35xxx+++N
Bernstein
(Leonard)
1949Symphony The Age of Anxiety (grand orchestre) [31 ans]Orchestre (grand, avec piano soliste, non concertant). Une œuvre magnétique par sa couleur grise et variée à la fois, la plus originale de ses 3 Symphonies ("Kaddish" est plus accessible), dans laquelle le piano n'est pas concertant, mais fondu dans l'orchestration ; le style est éclectique (jazzy, phrasé et gestuel) avec un scherzo joyeux décrivant une fête nocturne ; la pièce, inspirée par un long poème de W.H. Auden sur la recherche d'un sens à la vie et de la foi dans une existence vide et matérialiste, reste globalement plutôt pessimiste (même si l'épilogue est faussement moins crispé, par ironie) [création : 8 Avril 1949, à Boston (USA)].36xxx+++++.
Birtwistle
(Harrison)
1972The Triumph of Time (grand orchestre) [38 ans]Orchestre (grand, bois par 3). La plus connue des pièces instrumentales du compositeur, inspirée par une gravure de Pierre Bruegel l'Ancien (montrant une procession illustrée par, séparément, la mort et la renommée) ; un long adagio en un seul mouvement (sans rapport avec Mahler, sauf l'idée elle-même), une procession funéraire, avec répétitions d'un motif au saxophone (amplifié), une longue mélodie au cor Anglais qui provoquent des débordements soudains d'énergie par blocs véhéments ; la couleur est une dimension clé de la pièce, plutôt sombre et dramatique (pas seulement des bois, mais aussi des percussions, et des pizzicati aux cordes) ou brillante par éclats ; musicalement, la pièce est une juxtaposition (brillante) d'objets sonores sans lien apparent autre que la continuité linéaire du sujet ou bien l'absence précisément de temps fixe pourtant promis dans le titre... donc l'exploration de l'indéfini insondable, tout un programme [création : 1er Juin 1972, à Londres (Angleterre)]27xxx++++.
Birtwistle
(Harrison)
1986Earth Dances (grand orchestre) [52 ans]Orchestre (grand). S'ouvrant sur une série d'accords (caverneux) en clusters, la pièce se développe par groupes, selon les registres plutôt que les couleurs, progresse avec des cahots ; une musique primitive, aux rythmes pulsés non réguliers (la comparaison avec le "Sacre du Printemps" de Stravinsky a été proposée, mais sans ses côtés tribal et rituel) ; une musique énergique, qui puise son momentum dans le mouvement de plaques (comme la tectonique de la croûte terrestre) en (6) strates, de façon croissante jusqu'à un climax pré-final vertigineux qui finit par se dissoudre en s'irisant [création : 14 Mars 1986, au Royal Festival Hall, Londres (Angleterre)].34xxx++++.
Boulez
(Pierre)
1958Figures Doubles Prismes (grand orchestre) [33 ans]Orchestre (grand). Une œuvre de facture classique dont les maladresses de composition ont été rectifiées en 1964 et 1968 et le contenu étendu, avec l'expérience de chef d'orchestre acquise (en partie seulement, car en 2008 le compositeur a déclaré vouloir revoir le début parce qu'à l'époque le compositeur pensait qu'un schéma suffisait à définir le caractère d'une pièce alors que ce n'est plus le cas, le schéma est trop simplifié pour donner le caractère recherché d'un moment musical) ; le style, caractéristique de Boulez, est fait de succession de mesures courtes, parfois brutales (comme des interjections) suivies de phrases longues déployant un groupe instrumental (avec, au concert, une spatialisation) ; le final est une grande réussite -ajout tardif- avec une mélodie ample, linéaire, allusion au Concerto de Violon "A la Mémoire d'un Ange" d'Alban Berg ; la pièce doit encore être révisée (au moins son début) [création de "Doubles" : 16 Mars 1958, à Paris, puis de la première version complète en tryptique, à Bâle, le 10 Janvier 1964].20xxx+++.
Boulez
(Pierre)
1980Notations (grand orchestre) [55 ans]Orchestre (grand). Un projet en devenir depuis 1978 pour «orchestrer» les 12 miniatures intitulées Notations pour piano de 1945 (orchestration fortement développée, car la durée est doublée) : aujourd'hui seules, les Notations 1, 2, 3, 4, 7 sont achevées et elles sont d'une maîtrise et d'une beauté sauvage extraordinaires ; la "1" modérée, mystérieuse et narquoise, la "2" très vive, déhanchée, festive, insistante, au finale époustouflant (devenue un «tube»), la "3" lente, méandreuse, suspendue, puis étirée, la "4" rythmique, chaotique, la "7" rêche et âpre (aussi, plus longue, environ 9 minutes) ; note : elles peuvent être jouées dans n'importe quel ordre, et en totalité ou indépendamment [créations : "1-4", 18 Juin 1980, salle Pleyel, à Paris (France), "7", 14 Janvier 1999, Chicago (USA)].17xxxx++++.
Chostakovitch
(Dimitri)
1972Symphonie n°15 (grand orchestre) [66 ans]Orchestre (grand). Une des rares symphonies de Chostakovitch de structure classique (avec la 10ème, également recommandée) et aussi la plus ambitieuse sur le plan formel (des bribes de dodécaphonisme), à la fois limpide et mélodieuse, en 4 mouvements (2 mouvements vifs et courts, notés "allegretto", alternant avec 2 mouvements plus lents et plus longs, notés "adagio"), autour du thème de la mort, de la disparition, de la vie esseulée : le 1er est un magasin de jouets sans âme (avec une ouverture distancée à la flûte soliste, puis un orchestre tournoyant jusqu'au vertige, coupé par des roulements de tambour), le 2ème semble enfermé dans la solitude (au milieu, le solo de violon, la marche funèbre, sublime, contrastée par des bois métalliques), le 3ème est un bref quasi-scherzo qui se dilue (l'orchestre est réduit au minimum), le 4ème est très émotionnel (un adieu à la vie, avec un fin en queue de poisson) ; à noter les courtes citations au début de Rossini (ouverture de "Guillaume Tell", avec ironie) et vers la fin, de Wagner ("Die Walkyrie" et "Tristan und Isolde", pour le destin de la mort et la nostalgie de l'amour), et le développement en passacaille du thème de l'invasion de sa 7ème Symphonie, comme l'inexorabilité du temps qui détruit l'Homme [création : 8 Janvier 1972, à Moscou (Russie)].43xxx+++++.
Connesson
(Guillaume)
1997Supernova (orchestre) [27 ans]Orchestre (grand). Une œuvre inspirée par une toile de Kandinsky intitulée «Quelques Cercles» (1926), dans laquelle une prolifération de ronds de couleurs se déploie sur un fond bleuté et uniforme de nature cosmique et par la lecture du livre «A Brief History of Time [Une brève Histoire du Temps]» (1988) de l'astrophysicien Britannique (paralysé) Stephen Hawking, une parabole de l'infiniment grand : la pièce, à l'écriture brillante et truffée de références entre Respighi et le premier Messiaen, entre Jolivet et Adams, est d'une grande énergie ludique et sans cesse renouvelée ; totalement tonale, mélodique, et montrant (déjà) une réel métier d'orchestrateur des grandes masses, la pièce conte le récit tragique et merveilleux de la mort d'une étoile par son explosion gigantesque qui génère une clarté (une supernova) égale à cent millions de soleils d'énergie ; la pièce est en 2 mouvements enchaînés et très contrastés, le 1er comme un crescendo de tension, une mise en ébullition progressive, jusqu'à l'énorme déflagration suivie de spasmes entrecoupés par un mystérieux choral de cuivres, le 2ème comme une danse allante (franulaire) où le rythme et les courts motifs incisifs dominent ; elle s'inscrit comme le dernier élément d'un triptyque avec 2 pièces (ultérieures), "Aleph" (2007, explosion initiale avec un tutti extrême, 9 minutes) et "Une Lueur dans l'Âge Sombre" (2005, lent et contemplatif, 20 minutes) [création : 17 Octobre 1997, à Montpellier (France)].17xx+++++.
Copland
(Aaron)
1944Appalachian Springs (orchestre) [44 ans]Orchestre (grand). Un poème symphonique (pour un ballet) en un seul mouvement, entièrement paisible, qui s'ouvre en douceur, puis devient dansant, prend l'air des grands espaces avec majesté, vit la nature au plus près ; c'est le dernier des 3 ballets sur des thèmes Américains (après "Billy the Kid" et "Rodeo") ; les personnages célèbrent le Printemps en Pennsylvanie, avec des rythmes de quadrilles, une suite de variations sur un hymne des Shakers "The Gift to be Simple", et des épisodes méditatifs et de prière, à la fois simples et intimes ; une œuvre entièrement tonale, qui hérite de Charles Ives (les cuivres, somptueux) et du néoclassicisme : à l'écoute attentive, la musique minimaliste n'est pas loin ; existe en 4 versions par le compositeur lui-même : le ballet et la suite de ballet, pour ensemble de 13 instruments et pour grand orchestre [création : 30 Octobre 1944, à Washington D.C. (USA)].28xxxx+++++.
Dalbavie
(Marc-André)
1985Miroirs transparents (grand orchestre) [24 ans]Orchestre (grand). Une œuvre qui marque une extension des timbres et qui montre que la démarche spectrale n'est pas incompatible avec le traitement habituel polyphonique de l'orchestre : une introduction lente, mystérieuse, par vagues, ensuite des ponctuations des cordes, stoppées par les cuivres, alternativement, suivies par des virevoltements en spirale de l'orchestre qui semblent ne jamais vouloir finir (et créent une sorte d'envoûtement), enfin un final un peu plus animé, cahotant ; le résultat est d'une grande beauté sonore, même si l'originalité semble manquer, avec le recul du temps [création : 1985, au Festival de Metz (France)].18xx++++.
Dillon
(James)
1987Helle Nacht (grand orchestre) [37 ans]Orchestre (grand). Une œuvre confondante, nocturne et rêveuse, à l'écriture statique, avec grondements souterrains, fourmillements, progression linéaire, timbres lumineux contrastés (bois colorés/percussions froides) ; une pièce qui oppose les clairs et les obscurs, comme une nuit traversée d'éclairs (le titre Allemand signifie Nuit claire), et au-delà le silence et l'abondance, le micoscopique et l'infini (avec l'autre symbolique du titre de Nuit étoilée) [création : 14 Septembre 1987, au Musica Nova Festival de Glasgow (Écosse)]... de la même veine, "Ignis Noster" (1992, spatialisée, pour orchestre, 22 mn).23xxxx++++.
Dutilleux
(Henri)
1965Métaboles (grand orchestre) [49 ans]Orchestre (grand). Une œuvre équivalente à un concerto pour grand orchestre (les bois et les cuivres par 4), privilégiant, et mettant en valeur successivement, les bois, les cordes, les percussions, les cuivres, et l'ensemble complet (et le matériau évolue aussi avec progressivité), avec une grande souplesse (fluidité) rythmique et mélodique, qui s'appuie sur une instrumentation raffinée ; 5 courtes parties sans intermède : la 1ère, "Incantatoire", adopte la forme du rondo et répète plusieurs fois (ostinatos au début, mais sans grande insistance) un bref motif ; la 2ème, "Linéaire", est plus polyphonique (division des cordes en 14 parties réelles, comme Bartók) dans une ambiance d'errance vague ; la 3ème, "Obsessionnel", est une passacaille rapide avec un motif obstiné (intégralement écrite en 12 sons) ; la 4ème, "Torpide", construite sur un accord unique, renonce à toute mélodie ; la 5ème, "Flamboyant", plus dynamique (tout en étant solidement tenue) et avec une coda éclatante (impact fracassant des dernières mesures), s'apparente à une cérémonie, avec sa part de mystère et de magie ; une œuvre d'une maîtrise et d'une concision exemplaires dont le titre de métaboles évoque justement l'idée de métamorphose (par la fusion et la transformation du matériau et des pupitres) ; Extrait-Vidéo [création publique : 14 Janvier 1965, à Cleveland (USA)].16xxx+++.
Dutilleux
(Henri)
1978Timbres, Espace, Mouvement (grand orchestre) [62 ans]Orchestre (grand, bois par 4, un demi-cercle de 12 violoncelles, et 6 à 10 contrebasses, 3 percussions, 1 célesta, 1 harpe, mais pas de violons, ni altos). Une œuvre d'une belle poésie hypnotique (d'après la peinture de Vincent van Gogh, La Nuit étoilée) ; l'espace de l'orchestre paraît s'agrandir par le dialogue des pupitres étagés (violoncelles et bois-vents, bois-vents, célesta-reste) et la couleur du timbre est déplacé vers les graves par la prépondérance des violoncelles (sans aucune corde plus aiguë) placés devant, autour du chef ; le mouvement (serein) est symbolisé par la rythmique lentement tournoyante, semblable aux éclats jaunes des étoiles de Van Gogh, l'alternance de mouvements statiques et de flambées sonores (parfois fortissimo) ; la musique sonne comme du Berg (Alban) avec parfois des tessitures à la Moussorgsky, en jouant en plus sur les moirages de couleur (par exemple dans l'interlude entre les 2 parties, aux violoncelles seuls) ; il ne s'agit pas d'un poème symphonique décrivant un tableau (célèbre), mais plutôt d'une ambiance symphonique évoquant le tableau hypercoloré de Van Gogh montrant un village avec un grand clocher et de plus grands cyprès enveloppé d'un vaste ciel nocturne avec clair de croissant de lune, grosses étoiles et spirales de vent (à l'instar de la "Mer" de Debussy) ; la 1ère partie "Nébuleuse" débute dans le mystère de sourdes percussions et par une lente séquence nocturne de progression des bois et vents et s'installe dans la quiétude (parfois fragilisée, voire dramatisée, mais les accélérations sont toujours maîtrisées), l'interlude est une pause dans les graves comme un échappement tout en nuances (et variations chromatiques, notamment par l'hétérophonie des violoncelles et les effets de pizzicati), la 2ème "Constellation" revient au schéma initial, avec d'autres ambiances (et un beau solo au bois) ; Extrait-Vidéo [création : 10 Janvier 1978, à Washington D.C. (USA), avec une extension-interlude en 1991 qui porte la pièce de 15 à 21 minutes].21xxx+++.
Ginastera
(Alberto)
1943Estancia (orchestre) [27 ans]Orchestre (grand). Suite de Ballet (la musique de la chorégraphie dure un peu moins de 30 minutes). Ouverture (1er mouvement, intitulé "Les Travailleurs agricoles"), dynamique, motorique avec ostinatos et montée en puissance, puis une danse lyrique et mélancolique (douce, sensible, romanesque, 2ème mouvement, intitulé "Danse du Blé"), puis une épopée sauvage (l'hacienda, 3ème mouvement "Les Eleveurs") avec un rodéo, et enfin le 4ème mouvement, fameux "Malambo" final qui commence en tournoyant, se développe en transes fébriles, en devenant de plus en plus échevelées (avec un fort piment folklorique, avec du nerf, de l'énergie physique à l'état pur) ; le ballet lui-même dépeint en termes héroïques et nostalgiques la vie dure des Gauchos nomades dans les plaines sauvages d'Argentine, avec une romance entre un garçon de la ville et une fille de ranch ; Extrait-Vidéo ; de la même veine, "Panambi" (1940), une musique encore plus immédiate, sachant que symboliquement "Estancia" commence par "El Amanecer", traduit par aube, le titre de la danse finale du ballet précédent [création : 12 Mai 1943, à Buenos Aires (Argentine), dirigée par Ferruccio Calusio]11xxx+++++.
Haas
(Georg Friedrich)
2003Natures Mortes (orchestre) [50 ans]Orchestre (grand, bois par 3, avec accordéon soliste). Une pièce différente du compositeur dans sa conception car plus affirmative, pariant davantage sur des timbres individualisés ; elle est divisée en 3 sections continues dans chacune desquelles des séquences élémentaires sont répétées par vagues ; d'abord une introduction quasi-mélodique, homophonique, une sorte de fanfare qui se répète sans but (contrastant les trompettes brillantes ou les percussions battantes et le reste de l'orchestre dans les profondeurs) ; elle est suivie d'un processus quasiment compulsif et typiquement répétitif (au sens du minimalisme Américain, mais avec des microtonalités jusqu'au seizième de ton) qui motorise et mécanise la perception, avec des flux et des reflux, des accélérations et des ralentissements (essoufflements) temporaires ; enfin, la 3ème section, plus planante et scintillante, utilise de longues cordes harmoniques soutenues, matérialisées en volutes (ou en bouffées) qui se propagent sans jamais pouvoir aboutir (comme une vis sans fin), puis peu à peu le processus répétitif s'amenuise jusqu'à se diluer dans l'immensité (en pianissimo) ; Extrait-Vidéo [création : 19 Octobre 2003, Donaueschingen (Allemagne)]26xx+++++N
Henze
(Hans Werner)
1984Symphonie n°7 (grand orchestre) [58 ans]Orchestre (grand). Une symphonie classique (4 mouvements bien codifiés), au sens du langage, de la construction, de la forme («sonate»), avec une approche libre de la tonalité et de tradition Allemande ; le 1er mouvement commence par une danse suivie d'un enchaînement de catastrophes, le 2ème est une ode funéraire en hommage à Bartók (du Lac des Pleurs de Barbe-Bleue), le 3ème, rapide et sombre, rejoint Mahler, le 4ème est une mise en scène orchestrale d'un poème d'Hölderlin ; remarquablement équilibrée et inventive, la pièce vaut par son final hallucinant qui n'en finit pas jusqu'à l'orgiaque [création : 1er Décembre 1984, à Berlin (Allemagne)].45xxxx+++++.
Huber
(Klaus)
1968Tenebrae (orchestre) [44 ans]Orchestre (grand). Une œuvre emblématique du style de Klaus Huber (sans structure apparente), d'une exigeante séduction, avec un long collage d'après le choral «Christ ist erstanden» de Bach (parfois méconnaissable, tant le tissu confié aux cordes puis aux vents, en pianissimo, est serré) et ouverte (l'ordre des fragments, le choix du rythme et du tempo sont délégués à l'interprète) ; la texture dense obtenue évoque les effets micro-polyphoniques de Ligeti, et rend la partition encore plus mystique et expressive (sombre, notamment par la couleur des appels en tutti) [création : 24 Septembre 1968, à Varsovie (Pologne)].18xxx++.
Khatchatourian
(Aram)
1942Gayaneh (orchestre) [39 ans]Orchestre (grand). Un ballet en 4 actes et 5 tableaux d'une durée qui dure jusqu'à 3 heures (au titre parfois écrit "Gayane" ou "Gayne") sur un livret de Konstantin Derjavine ; il s'agit d'une histoire simple (édifiante) qui se déroule dans une ferme collective, qui reflète les attitudes et les sentiments des années 1940, lorsque le pays est impliqué dans la guerre mondiale, et qui est une célébration de l'amitié des peuples et des nations de l'Union Soviétique : Gayaneh, fille d'Avanes, le responsable, participe à la capture d'un étranger qui a pénétré clandestinement en Union Soviétique pour y découvrir des secrets géologiques ; dans un premier temps, les personnages, faibles, ne peuvent pas résister à l'influence de l'espion, mais, bien sûr ensuite, ils surmontent ensemble les problèmes, remportent la victoire finale et créent triomphalement leur propre collectivité pour y vivre ensuite dans le bonheur et la fraternité ; le compositeur l'a remanié souvent (en 3 actes et 7 scènes en 1957, pour une autre chorégraphie au Bolchoï) et en a tiré au moins 3 suites symphoniques qui contiennent le bref tube (moins de 3 minutes), la célèbre "Danse du Sabre" (souvent joué isolément, ce qui occulte le reste de la partition) : un ostinato féroce (adapté et arrangé à toutes les sauces), une danse tourbillonnante et enfiévrée, chromatique en notes répétées staccato, avec glissandos aux cuivres et un 2ème thème très lyrique aux cordes, qui a beaucoup fait pour la notoriété de la pièce par son orchestration rutilante, son dynamisme au premier degré, son impact folklorisant (rythmes et textures) ; les 3 suites ont respectivement 8, 7 et 6 mouvements (n°1 : 1- introduction, 2- danse des jeunes filles, 3- réveil et danse de Aïcha, 4- danse des montagnards, 5- berceuse, 6- scène de Gayaneh avec Ghiko, 7- adagio de Gayaneh, 8- Lesghinka ; n°2 : 1- danse de bienvenue, 2- danse lyrique, 3- danse Russe, 4- variation de Nouneh, 5- danse du vieillard et des tapissières, 6- variation d'Armène, 7- incendie ; n°3 : 1- cueillette du coton, 2- danse des jeunes Kurdes, 3- introduction et danse des vieillards, 4- tissage des tapis, 5- danse du sabre, 6- Hopak), et tous sont caractérisés par le romantisme immédiat, l'émotion appuyée, le lyrisme exacerbé ; l'adagio de Gayaneh a aussi été repris-cité par Stanley Kubrick dans son fameux film «2001 : Odyssée de l'Espace» ; Extrait-Vidéo [création (radiodiffusée) : 3 Décembre 1942, dans une chorégraphie du Kirov, sur la petite scène du théâtre d'État de Perm, appelée alors Molotov, à 1450 km à l'Est de Moscou (Russie)]57xxx+++++N
Khatchatourian
(Aram)
1956Spartacus (orchestre) [53 ans]Orchestre (grand). Un ballet épique en 3 actes d'une durée jusqu'à 3.5 heures sur un livret de Nikolai Volkov d'après des évènements historiques de l'antiquité (et suite à une visite officielle du compositeur en Italie en 1950, notamment du Colysée de Rome) ; il s'agit d'une histoire martiale (édifiante) : Spartacus, un Thrace roi et esclave, d'abord en rebellion à la tête de 70 gladiateurs en 73 avant notre ère, se retrouve l'un des chefs de 120 000 esclaves, paysants et marginaux en révolte contre l'oppresseur impérial Romain (connue comme la 3ème Guerre Servile) qui d'abord dominent les légions Romaines, puis sont défaites par le général Crassus (le livret hyper-romantique s'écarte de la réalité historique en ajoutant 2 romances, comme un peplum Hollywoodien, entre Spartacus et Phrygia, idéalisée, et entre Crassus et Aegina, dépravée, et une dimansion christique) ; au 2ème degré, c'est une fable contre l'asservissement des peuples et un emblème-symbole contre l'oppression (les communistes d'Allemagne choisissant même le nom de «spartakistes» en 1918) ; la pièce est une fresque monumentale, une épopée aux dimensions cinématographiques, avec opulence mélodique et exotisme luxuriant des harmonies, orchestration brillante, rayonnement lyrique (à la suite de Tchaikovsky, du Stravinsky de "L'Oiseau de Feu", et du Rimsky-Korsakov de "Shéhérazade"), et avec des scènes de fête ou de lutte mémorables ; le compositeur l'a remanié au moins 2 fois (en 1958, dans un style pantonimique et avec l'ajout de chœurs, et en 1968, pour une durée resserrée d'environ 2 heures) et en a tiré au moins 4 suites d'orchestre respectivement en 6, 4, 5, et 4 mouvements (n°1, 1- introduction et danse des nymphes, 2- introduction, danse d'Égine et de Harmodius, 3- variation d'Égine et bacchanale, 4- scène et danse avec les crotales, 5- danse des filles de Gadès, 6- victoire de Spartacus ; n°2, 1- adagio de Spartacus et Phrygia, 2- entrée des marchands, danse d'une courtisane romaine et danse générale, 3- entrée de Spartacus, querelle, et la perfidie d'Harmodius, 4- danse des pirates ; n°3, 1- le marché, 2- danse d'une esclave Grecque, 3- danse d'une jeune Égyptienne, 4- danse de Phrygia et scène d'adieu, 5- danse du sabre par les jeunes Thraces ; n°4, n°1, 1- danse mélancholique de Bacchante, 2- la procession, 3- mort du gladiateur, 4- appel aux armes et soulèvement) ; la Suite n°2 contient un tube bref (9 minutes), le célèbre "Adagio de Spartacus et de Phrygia" (souvent joué isolément, ce qui occulte le reste de la partition) ; l'adagio de Spartacus a aussi été repris-cité par Tinto Brass dans son film «Caligula» (1979) ; Extrait-Vidéo [création : 27 Décembre 1956, au théâtre Kirov de Saint-Pétersbourg, alors Léningrad (Russie, alors, URSS)]78xx+++++N
Kurtag
(György)
1994Stèle (grand orchestre) [68 ans]Orchestre (grand). Une œuvre extraordinaire par son côté descriptif et son orchestration très expressive : un poème funèbre qui commence par de lents et fluctuants glissandi (littéralement pleurs), suivi de plaintes, lamentations, et enfin semble se diluer dans l'au-delà (par des répétitions évoquant un convoi) ; une musique unique d'hommage (y compris avec des chorals en brefs collages) qui littéralement enveloppe de douleur profonde, de frissons, avec une palette de tons étonnante (à la fois lourds et colorés) [création : 14 Décembre 1994, à Berlin (Allemagne), par les Berliner Philharmoniker].13xxxx+++++.
Ligeti
(György)
1961Atmosphères (grand orchestre) [38 ans]Orchestre (grand, de 89 musiciens et autant de parties réelles). Une œuvre de fusion qui débute, paisible, par un long accord tenu (un cluster couvrant 5 octaves) qui se transforme lentement (un canon à 56 voix aux cordes) pour évoluer vers un fourmillement continu, mystérieux (il est bien difficile de ne pas voir défiler, en même temps, les images psychédéliques et colorées de «2001, Odyssée de l'Espace...» de Stanley Kubrik en 1968, même si cette extraordinaire musique se suffit à elle-même), pour se terminer par des appels assourdis, puis par des murmures qui s'éteignent ; l'impression prégnante qui ressort de son édition est celle d'une toile (d'araignée) qui n'en finit pas de se propager sans bord (aucun motif net, aucune structure rythmique n'est audible de façon patente, il s'agit plus d'une transformation continue de timbres et de niveaux sonores) ; historiquement, sa forme statique opposée au matériau sonore en mouvement constitue une rupture d'avec le sérialisme, marqué par la discontinuité, et son utilisation des clusters harmoniques fait suite à Xenakis ou au Penderecki ("Anaklasis"), mais avec ici avec une animation dynamique de l'intérieur... une grande réussite démonstrative ; Extrait-Vidéo [création: 22 Octobre 1961, à Vienne (Autriche)]... de la même veine, "Ramifications" (1969, pour ensemble à cordes, plus fluctuante et irisée).9xxxx+++.
Ligeti
(György)
1967Lontano (grand orchestre) [44 ans]Orchestre (grand). Un très long accord fluctuant (vents, puis cordes) ouvre cette œuvre qui devient scintillante, en restant très fondue, et qui avance lentement, avec de longs crescendos et dé-crescendos, comme dans un rêve méditatif ; dans la partie médiane, l'orchestre s'étire comme dans une supplique, de plus en plus fort et aigu, jusqu'à l'apogée, suivi à nouveau du rêve méditatif ; c'est la pleine période de micropolyphonie du compositeur, avec de nombreux canons à l'unisson et doublements d'octaves qui produisent à l'oreille un son novateur, globalement mouvante [création : 22 Octobre 1967, à Donaueschingen (Allemagne)].12xxxx+++.
Manoury
(Philippe)
1999Sound and Fury (grand orchestre) [47 ans]Orchestre-grand (109 musiciens, avec 5 percussions et bois et vents par 4, souvent doublés en raison de la spatialisation stéréophonique comme par exemple 8 cors, 6 trompettes, 6 trombones). Le titre de la pièce (en référence au roman de William Faulkner, «The sound and the fury», lui-même emprunté au Macbeth de Shakespeare) signifie bruit et fureur, mais c'est d'abord le bruit, ensuite la fureur ; la pièce est d'allure Boulézienne (dès les premières mesures) et ce n'est pas surprenant car elle est dédiée à Pierre Boulez pour son 75ème anniversaire; après une introduction allusive qui semble parcourir son programme (faussement organisé), elle s'engage plus avant dans le bruit, insidieux, léger, suspendu, avec peu à peu des mécanismes de répétition ; dans un 2ème temps, progressivement, le bruit devient fureur (davantage de forte, des insistances, des véleités impérieuses, des ruptures marquées, un rythme éventiellement accéléré) ; enfin, la pièce transite par un long climax (brillant) avant de se rasséréner et finir dans un clin d'œil ; la sonorité et la couleur sont somptueuses et le savoir-faire orchestral patent ; la pièce joue aussi sur l'alternance d'une note unique en ostinato et de fracas-cassures-brisures frénétiques qui anéantissent tous les obstacles, toutes les difficultés (il ne s'agit pas d'un chaos, car sous le désordre naissent le charme vénéneux, la transe en staccato) ; au concert, la spatialisation symétrique (souvent en opposition) est saisissante avec 2 groupes identiques à droite et à gauche comprenant les cuivres et les cordes (les bois sont au milieu et les percussions à l'arrière) avec un seul d'orchestre [création : 3 Décembre 1999, Chicago (USA), par l'orchestre symphonique de Chicago, direction : Pierre Boulez (USA)].29xxx+++N
Messiaen
(Olivier)
1946Turangalîlâ Symphonie (grand orchestre) [38 ans]Orchestre (grand). La première symphonie moderne, un monument (en 10 mouvements pour piano, ondes Martenot, solistes, avec 4 thèmes récurrents), parfois grandiloquent ou surchargé, coloré, d'une inventivité exceptionnelle, avec des couleurs orchestrales innovantes pour l'époque. Incontournable, même si la première audition est toujours mitigée en raison de son caractère kaléidoscopique, sans logique interne, comme une gigantesque coulée de lave avec des poussées telluriques ; Extrait-Vidéo [création : 2 Décembre 1949, à Boston (USA), par Léonard Bernstein, version légèrement révisée : 1990].80xxxxx++++.
Messiaen
(Olivier)
1960Chronochromie (orchestre) [52 ans]Orchestre (grand). La première œuvre de Messiaen dans sa recherche de la couleur orchestrale et, un temps, le porte drapeau de la Musique Spectrale : par rapport aux pièces de la période précédente, quasi-abandon des harmonies modales et apparition de rythmes plus saccadés (la filiation Boulez-Messiaen, soit en sens réciproque, est ici patente). La création par Hans Rosbaud à Donaueschingen a suscité un scandale mémorable : dans cette œuvre, et dès son titre, Messiaen associe les éléments temporel et sonore, suivant un principe de séries et de permutations et y commence un processus de «décomposition du temps» dont la structure, en «strophes» et «antistrophes», reprend le modèle des tragédies Grecques ; une partition brillante en 7 courtes parties, avec pas moins 18 mélodies enchevêtrées [création : 16 Octobre 1960, à Donaueschingen (Allemagne)].24xxxx++.
Murail
(Tristan)
1980Gondwana (orchestre de 78 musiciens) [33 ans]Orchestre (grand). Une œuvre caractéristique de son style de maturité, qui donne le sentiment de la continuité totale et libère des sons inouïs d'une grande richesse harmonique (microtonale), où la couleur domine sans contraste marqué (le gigantesque et monumental paléo-continent de Gondwana, au temps quasi arrêté) mais avec des déferlantes internes, des explosions sonores cacophoniques brèves (reflets de l'intense activité sismique et volcanique de Gondwana) ; la pièce se termine par une explosion cataclysmique mémorable [création : 21 Juillet 1980, à Darmstadt (Allemagne)]... de la même veine, plus contrasté, mais moins inspiré (influence Ircam) : "Time and Again".17xxxx+++.
Nunes
(Emmanuel)
1991Quodlibet (solistes et orchestre) [50 ans]Orchestre (grand avec solistes). Une œuvre spatialisée qui est une sorte de ballet avec solistes, d'une précision métronomique (le chronomètre est un accessoire indispensable à l'exécution) ; le dispositif encerclant le public est établi en fonction des 79 musiciens, avec 2 chefs, répartis en 4 groupes : immobiles (l'orchestre avec 45 instrumentistes), immobiles (7 solistes), semi-mobiles (6 percussionnistes pour 10 postes d'exécutions répartis), mobiles (un ensemble de 21 instrumentistes) ; c'est surtout une pièce innovante et unique, car la première du genre en tant qu'auto-biographie musicale ou kaléidoscope de matériaux antérieurs du compositeur lui-même, sans être des citations ou des collages (les traits individuels de "Degrés", un intervalle de "Fermata", le madrigal de "Voyage du corps", la harpe de "Impromptu pour un Voyage II", un enchaînement harmonique de "Purlieu") ; d'après le titre (littéralement «ce que l'on veut», du Latin quod libet), le quodlibet désigne usuellement une forme musicale où sont intégrés avec liberté des matériaux hétéroclites, et ici le melting pot résultant est superbe, notamment au concert, l'auditeur étant quasiment promené dans l'espace, le temps, et l'onirisme ; la musique est, elle, singulière, toujours en mouvement, certes cérébrale, mais sensuelle, comme remise plusieurs fois sur le métier (mais pas répétitive) avec des angles, des focus, des espacements différents (parfois dissimulés), ne livrant pas immédiatement sa cartographie ou sa théâtralité (un peu comme la «Carte et le Territoire», de Michel Houellebecq) ; Extrait-Vidéo [création : 11 Juin 1991, au Coliseu de Lisbonne (Portugal)]56xxx++.
Pablo
(Luis de)
1965Modulos I-II (orchestre) [35 ans]Orchestre (petit). Une œuvre de pure facture instrumentale, avec progression détente, qui curieusement juxtapose parfois (verticalement) le modernisme sériel expressif et la mélodie (par séquences discontinues) ; la construction est typiquement savante, faussement désordonnée, en une succession de matériaux apparemment indépendants, mais qui en fait s'emboîtent par complémentarité : difficile, mais du grand art aux harmonies confuses et rythmes instables ; la première pièce est pour petit ensemble (11 instruments), la seconde pour deux ensembles avec 2 chefs [création : I, 31 Juillet 1965, Festival de Darmstadt ; II, 24 Octobre 1967, à Madrid (Espagne)]... de la même veine (non écoutés en concert), "Modulos III" (1967) pour 17 musiciens en 3 groupes.21xxx+++.
Saariaho
(Kaija)
1990Du Cristal à la Fumée (grand orchestre) [38 ans]Orchestre (grand). Un diptyque d'égale durée (créé en 2 temps) et dont les 2 volets peuvent être joués indépendamment ; les titres, contrastés (ordre vs. chaos), sont explicites quant au contenu musical : le cristal est un exemple classique de l'ordre répétitif, de la symétrie, de la masse compacte, permanente et la fumée au contraire est un état en constante métamorphose, imprévisible, évolutif, avec un pont entre les deux volets matérialisé par un solo de violoncelle à la fin du premier et au début du second (en miroir déformant) ; une musique lente, stable, à la progression prévisible, belle par ses timbres et ses couleurs uniques, à la texture variée qui, ici et là, atteint le monumental, et aux spectres et aux développements rythmiques dosés [créations : 5 Septembre 1990, à Los Angeles (USA) et 20 Mars 1991, aussi à Los Angeles].36xxx++++.
Scelsi
(Giacinto)
1961Aiôn (grand orchestre) [56 ans]Orchestre (grand). Une œuvre somptueuse en 4 mouvements (4 épisodes dans une journée de la vie de Brahma, laquelle journée dure 90 000 journées humaines !) qui commence dans une atmosphère mystérieuse (réverbérante) dans les sons graves (les vents, pas de violons, seulement un alto), se termine, après un climax éclair de percussions métalliques, à nouveau dans le calme ; le second mouvement déroule tension rythmique (martèlement caractéristique) et mélodie de violoncelles et d'instruments à vents, pour lui aussi se terminer dans le calme ; le troisième mouvement est caractéristique des micro-intervalles serrés de Scelsi, en quarts de tons entre Mi et Mi bémol, jusqu'à un finale violent et brutal ; le dernier mouvement évoque une lente progression (avec polarisation sur une note) pour se terminer mystérieusement par un balbutiement sombre des percussions [création publique: 12 Octobre 1985, à Cologne (Allemagne)].20xxxx+++.
Schoeller
(Philippe)
2001Cinq Totems (grand orchestre) [44 ans]Orchestre (grand). Une œuvre en 5 parties titrées (courtes, des sortes de miniatures) : avec les faussement statiques "Saharien", "Stellaire" et "Glaciers" et les déchaînements de "Cyclone" et "Météorique", la démarche cosmique illustre ces études de timbres, d'une grande originalité ; une pièce immédiate, à la vitalité, au rythme et à la lumière si spécifique du style du compositeur, marqué par la résonance (à noter, une extension ultérieure, indépendante, avec chœur) [création: 2 Février 2001, Festival Présences, à Paris (France)].14xxxx++++.
Stockhausen
(Karlheinz)
1958Gruppen (3 orchestres) [30 ans]Orchestre (grand, divisé et spatialisé). Les 3 ensembles orchestraux (qui, par leur séparation, permettent l'étagement des tempi) sont disposés en fer à cheval, leur organisation étant homogène pour permettre de faire passer les sons d'un orchestre à l'autre (effet stéréo) ; c'est le sentiment de tourbillons (vifs, mais aussi calmes) et un sentiment d'immersion jubilatoire (notamment dans l'épisode central qui est une fausse cacophonie) qui dominent à l'audition ; le génie de cette œuvre tient dans une toute nouvelle prise en compte du temps et de l'espace en musique, et pour les chefs d'orchestre c'est une gageure, car les 3 chefs doivent s'écouter pour être tantôt synchrones et le plus souvent décalés (mais pas au hasard, selon une alchimie calculée par le compositeur) ; à noter : l'apogée de la pièce s'exprime par le même accord répété par les cuivres des 3 groupes orchestraux ; Extrait-Vidéo [création : 24 Mars 1958, à Cologne (Allemagne)]… de la même veine, "Zeitmasse" (1956), pour 5 musiciens, ébauche cette notion de spatialisation, dans le cadre de l'œuvre ouverte.24xxxxx++.
Tanguy
(Éric)
1999Eclipse (orchestre) [31 ans]Grand Orchestre (bois par 3, forte section de cordes, au total 86 musiciens). Un poème symphonique à la trame architecturale rigoureuse, en 5 parties enchaînées, métaphore (comme le titre l'indique) de la disparition et de la réapparition de la lumière (clarté-ombre, clair-obscur), avec l'incertitude de la catastrophe (fin en pirouette, se limitant à un trio à cordes). Une pièce aux timbres massifs, obscurs et métalliques, avec une belle puissance expressive, souvent d'atmosphère fantômatique, avec des contrastes forts mais contenus, de petites cellules rythmiques suspendues (mouvements de va-et-vient, flux-reflux, fort usage de la non-résolution, démarrages-pauses), avec quelques tutti exclamatifs. Elle est aussi faussement atonale (usage de modes harmoniques plus ou moins consonants) et joue sur la dualité des pupitres isolés alternés avec des groupes plus importants. Les 5 parties sont nommées, "L'Annonce" (prémices, mise en place de la dramaturgie), puis une 1ère "Méditation sur la Catastrophe" (une sorte de rêverie suspendue avec une accélération assez théâtrale, puis retour à l'attente), puis "La Catastrophe" par elle-même (annoncée quasi solennellement avec tourbillons moteurs, puis tourmentée où les cuivres et les percussions, essentiellement des timbales, ressortent davantage), une 2ème "Méditation sur la Catastrophe" (retour à la noirceur onirique et envoûtante), et enfin "Le Retour du Jour", sous forme de joie et d'apaisement (accelerando très progressif, timbres éclaircis, lumière pénétrante, sérénité retrouvée). La partition s'achève en forme d'ultime éclipse par un trio à cordes (violon, alto et violoncelle) dont le dernier accord, 'do-mi-do', constitue, d'après le compositeur, une sorte de pirouette esthétique puisqu'il sonne comme un accord parfait majeur alors que le 'sol', la note pivot de la grande section centrale de la pièce, n'est pas joué [création : 11 Août 1999, à l'occasion de la dernière éclipse du millénaire, dans le cadre du festival des Flâneries Musicales d'Été de Reims, sur le parvis de la Basilique Saint-Rémi (France)])21xxx+++.
Tippett
(Michael)
1995The Rose Lake (orchestre) [90 ans]Orchestre (grand). Une œuvre étonnamment vivante et inspirée pour un compositeur de 88 ans ; un poème symphonique en 12 mouvements complètement tonal (et rétro, comme Richard Strauss, mais pas post-moderne, le chromatisme et les timbres étant souvent inouïs), une pièce séduisante, lyrique, mariant les atmosphères sereines (apaisantes... il s'agit d'un lac et de la musique qu'il crée, en miroir avec le ciel), élégiaques, avec un art consommé de l'orchestration, de la mise en place, de la théâtralité et de la couleur ; la fin se termine par des pointillés, comme pour ne pas quitter cet endroit divin [création : 19 Février 1995, Barbican Hall, à Londres (Angleterre), par le London Symphony Orchestra, sous la direction de Colin Davis].13xxx+++++.
Xenakis
(Iannis)
1955Metastaseis (orchestre) [33 ans]Orchestre (grand). Les clusters d'orchestre sont ici pour la première fois mis en place sous forme de blocs massifs aléatoires, résultant des 70 musiciens jouant 61 parties réelles, ce qui constitue un pari audacieux, avec un résultat sidérant de beauté et de complexité (le crescendo initial est magnétique) ; la partition comporte essentiellement des cordes (note : le titre de la pièce, qui signifie transformation, est souvent écrit "Metastasis", car initial, mais changé plus tard) [création publique : 16 Octobre 1955, au festival de Donaueschingen (Allemagne)]... de la même veine qualifiée de multi-phonique, "Pithoprakta", pour 50 musiciens, plus accessible, mais moins originale, et juxtaposant des moments clairs à des moments de désordre, avec progression géométrique.10xxxxx+++.
Xenakis
(Iannis)
1974Antikhthon (orchestre) [52 ans]Orchestre (grand, 86 musiciens). Intransigeance et rudesse caractérisent cette pièce (aux idées un peu datées) en 5 sections : une introduction, une 1ère moitié en 3 sections et une 2ème moitié d'un seul tenant, aboutissement et point culminant ; à l'origine conçue comme musique pour une chorégraphie de ballet de George Balanchine (projet abandonné, mais le scénario subsiste qui oppose 2 astres, le soleil et la terre, ou plus précisément l'anti-terre selon le titre), la pièce débute par une forme de sauvagerie énigmatique assez théâtrale et désordonnée, pour lentement évoluer par déclarations-scansions successives en se développant très peu (statisme, pseudo-répétitions) ; il y a 2 grands pôles, l'un principal, le Sol, l'autre secondaire, le Ré, traité à la manière d'une dominante du précédent ; une musique avec un impact direct et véhément, mêlant simplicité grandiose et complexité de l'écriture (nombreux clusters dans le grave et processus multiphoniques) ; à noter : tous les pupitres de l'orchestre sont éclatés géographiquement sur la scène (mais ne sont pas dispersés dans la salle comme dans "Terretektorh" et "Nomos Gamma") : par exemple, au 1er rang, clarinette, flûte, cor, violon, clarinette, 2 violons, 2ème rang, violon, trombone, trompette, alto, 4 violons, 1 clarinette, flûte, etc., d'où difficultés pour les instrumentistes qui n'ont plus de repère, mais une impression neuve au concert pour l'auditeur) [création : 21 Septembre 1974, à Bonn (Allemagne)].22xx+++N

 



Actualisation : 09-Octobre-2017


© Jean Henri Huber, Musique Contemporaine.Info, 2005-2017 Pour retourner à la page d'accueil: BIENVENUE !
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