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PETIT ORCHESTRE INSTRUMENTAL

 

COMPOCRÉATITREANALYSETPSVALNIVN
Adès
(Thomas)
1997Asyla (orchestre) [26 ans]Orchestre (petit, bois par 3, cordes réduites). Une œuvre entraînante, lumineuse et jouissive, en 4 mouvements : d'abord mystérieusement des gongs-cloches étouffés, avec des appels des bois et des cors, et une animation progressive (des riffs obsédants de trompette), puis s'ajoute les cordes selon un schéma erratiquement croissant, mais globalement plus statique, ensuite (3ème mouvement intitulé Ecstasio), le fameux répétitif crescendo ensorcelant (plus, un collage lointain de "Frère Jacques"), enfin un apaisement sombre avant une courte magnificence solennelle ; une œuvre plutôt tonale, colorée, une référence d'orchestration moderne (pupitres de vents), d'une réelle originalité (plutôt dans une mouvance post-Stravinskienne) Extrait-Vidéo [création : 1er Octobre 1997, au Symphony Hall de Birmingham (Angleterre), par l'Orchestre symphonique de Birmingham, sous la direction de Simon Rattle].22xxxx+++.
Bertrand
(Christophe)
2005Mana (orchestre de 70 musiciens) [24 ans]Orchestre (petit). Une œuvre virtuose et accessible, à la fois Rock et moderne, d'une grande vitalité, avec révérence obligée à Varèse et à Boulez (peut-être aussi, quoique pas admise publiquement, à Jolivet qui a composé un autre "Mana" pour piano seul, créé en 1935) ; la pièce est un peu courte et enjouée, mais brillante (d'écriture complexe, les interprètes étant des quasi solistes), énergique et dynamique ; un déluge de sons et de tensions enflent jusqu'à donner un sentiment de rupture ou d'explosion, avec une part non négligeable de répétitions (en ostinato) qui créent un effet de rituel (les fusées stridentes, les roulements des percussions, les jeux d'éclairs) ; une minutie millimétrique de la forme, avec grande précision rythmique, nombreux micro-intervalles (quarts de tons), alliages de timbres et d'instruments inédits, de multiples sauts de rythmes et transformations qui peu à peu immergent l'auditeur dans la jubilation ; Extrait-Vidéo (hélas un peu tronqué) [création : 9 Septembre 2005, à Lucerne (Suisse), sous la direction de Pierre Boulez].9xxx+++++.
Boulez
(Pierre)
1948Soleil des Eaux (soprano, chœur mixte et orchestre) [23 ans]Orchestre-Voix. Sur des poèmes de René Char, révisé comme le Visage Nuptial (au fur et à mesure de l'expérience de chef d'orchestre), en 1950, 1958 et 1965, c'est une œuvre novatrice pour le traitement des voix de sa seconde partie "la Sorgue" (psalmodie, véhémence, silences, bouche fermée) sachant que la première partie, comme souvent chez Boulez est son opposé (le chant est monodique, a capella, poétique) ; jamais, en 5 minutes, le style de chant n'avait été renouvelé ainsi depuis Wozzeck (Berg) et avant le Grand Macabre (Ligeti) ; Extrait-Vidéo [création publique : 1er Avril 1948, à Paris (version radiophonique de la R.T.F. pour voix et orchestre, retirée du catalogue), puis 18 Juillet 1950, au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris, et précédemment au Conservatoire].9xxxxx++.
Boulez
(Pierre)
1966Eclat/Multiples (orchestre) [41 ans]Orchestre (petit). La première œuvre de Boulez qui se démultiplie en miroir : "Éclat" et "Multiples" peuvent être joués séparément, mais au cours d'une même audition, le premier devient un prélude au second (qui comporte 9 altos, un cor de basset et un piano, en plus). "Éclat" est la première incursion de Boulez dans le dialogue entre instrumentistes ou entre groupe d'instruments qui sera suivie par "Dialogue de l'Ombre Double" ou "Domaines" ou "Dérive", voire "Répons"... un dialogue jubilatoire, limpide, jouissif, en forme de jeu, pour les musiciens et pour les auditeurs [création pour "Éclat" : 26 Mars 1965 à Los Angeles (USA) ; pour le diptyque : 21 Octobre 1970, Londres (Grande-Bretagne)].28xxxx++.
Boulez
(Pierre)
1975Rituel in Memoriam Bruno Maderna (orchestre en 8 groupes) [50 ans]Orchestre (petit). Une œuvre facile et belle qui privilégie les percussions, notamment d'influence extrême orientale, avec des rythmes intriqués au cours d'une procession (funéraire) ; les séquences paires des petits groupes instrumentaux sont ouvertes (y compris par permutation) ; le petit orchestre est divisé en 8 groupes de taille croissante, allant d'un seul hautbois à 14 cuivres ; pour l'anecdote, sa construction a été comparée à la Symphonie des Adieux, car elle se termine par l'abandon progressif des instrumentistes (en fait l'œuvre est en 2 parties, une montante et une descendante et fait également penser au Boléro de Ravel, par son côté répétitif et crescendo) ; le plaisir auditif est immédiat, presque jubilatoire (ses détracteurs ont dénoncé les concessions de Boulez au Grand Public) ; Extrait-Vidéo [création : 2 Avril 1975, à Londres (Angleterre)].30xxxx+++++.
Dao
(Nguyen-Thien)
1972Koskom (orchestre) [32 ans]Orchestre (petit). Une œuvre phare de la nouvelle expressivité sans pointillisme, d'une grande splendeur sonore, marquée par un cheminement incertain sans début ni fin, à la recherche d'un au-delà, d'un paradis perdu, avec un certain mysticisme ; les instrumentistes se doivent d'employer la fréquence suspensive (c'est-à-dire en émettant uniquement des sons à hauteurs indéterminées) ; les altérations sont donc approximatives ; une seule ligne indique le registre médium (quasi absent) qui sépare les registres aigu et suraigu des registres grave et très grave ; seuls les tempi très lents et très rapides sont écrits, jamais moyens, de façon à obtenir un tempo extra-humain (tous ces hyper-contrastes font référence au yin et au yang) ; l'orchestre est dispersé en 4 groupes spatialisés, répartis selon leur timbre-couleur et disposés de façon à rentrer en contradiction permanente ; le style est marqué par la large utilisation (juste avant l'école spectrale) des micro-intervalles (tiers, quarts et sixièmes de tons), par des couleurs inouïes et subtiles, par un formidable bouillonnement (de phrases, d'idées) ; le titre signifie «communauté cosmique», en référence à l'univers et à la nature [Création : 15 Février 1972, à la Maison de Radio France, à Paris (France)].30xxxx+++.
Kagel
(Mauricio)
1962Heterophonie (petit orchestre de 42 musiciens) [31 ans]Orchestre (petit). Une des rares œuvres à dimension essentiellement musicale (sans spectacle attaché), à la fois pseudo-sérielle et aléatoire : intelligente et subtile (le titre se rapporte à une généralisation de la polyphonie avec, ici, un instrumentiste pour la voix principale, alors que d'autres jouent des variantes) ; une œuvre pour 42 musiciens (en autant d'individualités, sans dédoublement de pupitre, réductible à 20, en enlevant des instruments rares tels que flexaton ou henkelphone), répartis en 5 groupes, qui ne forment pas un ensemble (première pièce à contenu parodique, à risque de cacophonie, mais qui n'y parvient pas en raison de subtiles citations des Viennois et de Stockhausen, de la dérision sympathique et de la drôlerie) ; une pièce typique du génie du détail de Kagel, mais aussi de ses ambiguïtés (une composition et son contraire), de ses bricolages, de ses mirages, en 5 mouvements, secs, sans recherche de la séduction, difficiles, de durée variable -18 à 40 minutes- en tant qu'œuvre ouverte [création : 9 Juillet 1962, à Darmstadt (Allemagne)]... de la même veine, "Diaphonies I, II, III, également ouvertes (1964).34xxx++.
Lachenmann
(Helmut)
1980Tanzsuite mit Deutschlandlied (quatuor et orchestre) [45 ans]Orchestre (petit). Littéralement, une suite de danses avec un hymne Allemand (cité, presque méconnaissable en intro) ; cette œuvre donne au quatuor un rôle inattendu à la fois dans la trame orchestrale et en ressortant (au cours d'intermèdes brefs), et conduisant (le plus souvent) ou subissant le jeu de l'orchestre (l'accompagnant, au sens de la promenade) ; l'accès est difficile, parfois hermétique (le rapport à la danse est réel, mais distancé) ; l'originalité de la démarche se profile après plusieurs écoutes : frottements, silences, éparpillements, découpages, grincements (toute l'essence créatrice fascinante du compositeur), et surtout «déshabillage» de la forme de la danse, pour n'en garder que les rythmes, les ombres portées qui se cristallisent puis qui fuient ; la pièce comprend 5 parties sans interruption, en 17 séquences dont les titres sont éloignés du contenu (valse, marche, sicilienne, gigue, tarantelle, aria, polka, galop, coda, etc.) pour désigner un (faux) confort de la tradition et des habitudes sclérosantes [création : 18 Octobre 1980, au Festival de Donaueschingen (Allemagne)].36xxxxx++.
Lutoslawski
(Witold)
1958Musique Funèbre (orchestre à cordes) [45 ans]Orchestre (petit ou grand ensemble, selon disponibilité, à cordes uniquement : 12 premiers violons, 12 seconds violons, 8 altos, 8 violoncelles, 6 contrebasses, voire en réduction proportionnelle, par exemple à 23 musiciens). En 4 brèves séquences ("Prologue", "Metamorphosis", "Apogeum", "Epilogue"), la pièce est toute de retenue, dédiée à la mémoire de Béla Bartók, est à la fois un hommage (passé) et une projection (futur) pour le compositeur, car il y introduit pour la première fois des séquences dodécaphoniques (la plupart peu dissonantes) ; le schéma est, à travers de longues lignes mélodiques, écrit en 2 versants, partant du silence pour retourner au silence : l'un avec nombre d'instruments croissant, du sombre au plus clair, jusqu'à l'apogée, l'autre (4ème partie), inversement ; le résultat est étonnamment chromatique (et là, la comparaison qui vient immédiatement à l'esprit est "La Nuit Transfigurée" d'Arnold Schoenberg) ; la pièce s'ouvre par un duo élégiaque de violoncelles, bientôt enrichi par un alto en contrepoint, pour évoluer vers des lamentations répétées (ostinatos), croissantes, puis qui s'épuisent ; le 2ème fragment crée une illusion par des pizzicati prolongés de trémolos (séduisants), comme des cris, puis des spasmes ; le 3ème fragment, en crescendo, introduit l'émotion et le détachement (par le haut), perturbé par la reprise des lamentations (la référence à Bartók est ici marquée, par exemple, le "Divertimento") ; le 4ème fragment s'épuise jusqu'à se diluer, signe d'impuissance face à la mort, et emblème d'une musique sans pathos (et moderne pour l'époque) ; la pièce utilise de façon insistante un demi-ton pour jouer avec l'idée de retour (factice) au système tonal ; Extrait-Vidéo [création : 26 Mars 1958, à Katowice (Pologne)].13xxx++++N
Lutoslawski
(Witold)
1968Livre pour Orchestre (orchestre) [55 ans]Orchestre (petit). Une œuvre plus ambitieuse que les autres, en hommage à Bartók, avec des rapports parallèles avec la Symphonie n°2 : un livre en 4 chapitres indépendants, 3 courts et le dernier plus développé, reliés par de courts leitmotivs (le style aléatoire est quasiment abandonné, au profit d'un jeu ad libitum lancé et interrompu par le chef et d'un post-sérialisme prudent) ; le chant final est exceptionnel avec des glissandi resserrés en quart-de-ton [création : 18 Novembre 1968, à Hagen (Allemagne)].20xxx++++.
Messiaen
(Olivier)
1964Et Exspecto Resurrectionem Mortuorum (orchestre) [56 ans]Orchestre (petit). Une œuvre [Et J'attends la Résurrection des Morts] d'une grande portée mystique aux couleurs sombres et métalliques (orchestre sans corde, seulement des vents et des percussions) pour commémorer les victimes des 2 Guerres Mondiales ; en 5 mouvements (plutôt foisonnants), d'abord un thème profond, avec 6 cors en exergue, puis, une mélodie issue d'un decîtâla Indien, ensuite, un thème au chant d'oiseau Amazonien, puis une synthèse des thèmes antérieurs en Gloria, et enfin, un tutti de l'orchestre avec percussions des gongs, énorme et simple [création publique : 20 Juin 1965, Cathédrale de Chartres (France), en présence du Général de Gaulle et du Ministre de la Culture, André Malraux, après une commande de l'État, ce qui a collé une image de musicien officiel au compositeur)].33xxx+++++.
Messiaen
(Olivier)
1974Des Canyons aux Étoiles (orchestre) [66 ans]Orchestre (petit). Une très belle œuvre (longue : 12 mouvements-tableaux, encore plus longue que la Turangalîlâ Symphonie ; 43 musiciens dont 4 instruments solistes : piano, cor, xylorimba, glockenspiel) à la fois mystique et cosmique qui démontre le savoir-faire acquis en matière d'orchestration des grandes masses ; la pièce invite clairement au voyage : d'abord dans le désert (réflexion paisible, isolement), puis dans le cosmos (immensité, contemplation), et dans le Brice Canyon Nord-Américain (splendeur, majesté), et enfin aux abords observationnels de l'étoile d'Aldébaran (transparence, lumière) avant de revenir à la terre, à Hawaï (superbe et dionysiaque partition d'orchestre) et au canyon de Zion Park (dans le sens de merveille du monde, sous la forme d'un choral d'orchestre avec piano concertant), avec, entre chaque station, des intermèdes contrastant, faits de chants d'oiseaux (le second étant un long et superbe solo de piano, le troisième pour cor solo angoissé, le quatrième un autre solo de piano) ; pour l'anecdote, l'œuvre est une commande d'une mécène Américaine pour célébrer le bicentenaire des USA (d'où le choix des canyons de l'Utah) [création: 20 Novembre 1974, à New York (USA)].103xxxx++++.
Nono
(Luigi)
1987No Hay Caminos, Hay que Caminar (petit orchestre) [63 ans]Orchestre (petit et spatialisé : 55 musiciens en 7 groupes instrumentaux dont 2 groupes sur scène avec 3 trombones, timbales et grosse caisse, d'une part, 33 cordes, d'autre part) et 5 groupes rassemblant environ 20 instrumentistes autour du public). Une pièce magistrale, exigeante, déroutante aussi (une sorte de "Winterreise" Schubertien, mais sans aucun éclair de réminiscences de bonheurs passés épars et sans défilé-procession rituel scandé) où la fragilité côtoie la force du chaos. L'ouverture de la pièce est ténue dans un grand mystère, avec quelques irrégularités suivies d'un long murmure. La pièce, d'un seul tenant, avance ensuite et jusqu'à la fin avec une lenteur immuable et extatique comme un cheminement (désespéré), alternant, sans fin, des épisodes longs, traînants (par exemple, un long murmure) et des cassures, des ruptures, des irruptions, des frappes, toutes avec des sonorités assourdies (des percussions spatialisées). Dans la séquence suivante, le murmure est remplacé par de longs appels très graves (des cuivres) et les cassures sont remplacées par des appels métalliques. Chaque fois, cette alternance long-court est différente par la couleur, par l'atmosphère, créées pour donner un sentiment d'inéluctable, de tragique. Et les appels peuvent devenir solennels, mais alors il s'agit davantage de déploration. L'ensemble frôle l'indicible (tant le silence et l'absence de nuances forte sont prépondérants), vise la pureté, la simplicité et l'évidence (mais la musique reste complexe de façon cachée) et semble amalgamer à la fois l'éther et le viscéral, ou bien le mystique, le cataclysmique et l'effiloché. Une pièce envoûtante, tant son attraction augmente dans le temps (malgré l'errance, malgré l'arrythmie) ; le cheminement (perpétuel) ou la quête (sans fin) alterne flottements (continuendos), entre utopie et rêve (tous 2 pacifistes, selon le compositeur), et révoltes (cataclysme), comme des chemins qui se croisent (ceux de la destinée, probablement), dans une connotation pessimiste (voire noire), d'autant que la fin, après un effilochement mûri, éclate dans un spasme mezzo-forte (pour le néant). L'écriture est marquée par les nuances changeantes des micro-intervalles (sauf quelques mesures, toute la partition tourne autour de la note 'sol' et de ses altérations au demi-ton et au quart de ton, à l'instar de Scelsi ou de Feldman). La pièce fait partie d'un triptyque terminal (et cohérent), focalisé sur les chemins de l'utopie et du rêve : "Caminantes... Ayacucho" (achevée en Janvier 1987, accessible, complexe et Varésienne), "No hay caminos, hay que caminar... Andrei Tarkovski" (de la même année, dédiée au cinéaste visionnaire Russe, Andrei Tarkovski, prématurément disparu à 54 ans, en 1986 et auteur de «Offret» ou de «Nostalghia», des explorations du nulle-part) et "Hay que caminar, soñando" (1989, pour 2 violons positionnés sur 8 pupitres, davantage en monologues), dont les titres en séquence font référence à la même phrase, apparue sans doute au compositeur comme une illumination lorsqu'il l'a vue inscrite sur le mur d'un cloître de Tolède (Espagne) : «Caminantes, no hay caminos, hay que caminar» («Vous qui marchez, il n'y a pas de chemins, il n'y a qu'à marcher») comme une invite, en l'absence de pistes avérées et sûres, à refuser les dogmes et les parcours préétablis pour s'ouvrir à l'utopie, à la recherche incessante, celle du Wanderer de Nietzsche ou du Prométhée de Cacciari) ou bien comme la mer sur laquelle on va en inventant et en découvrant sa route. Les 3 œuvres partagent une intériorisation inquiète, une atmosphère étrange et insaisissable, une progression fragmentaire, une interrogation-doute constante (le fatum existentiel), des étonnements sans réponses, une tension projetée vers un futur pensé comme essentiel, mais inatteignable ; Extrait-Vidéo [création : 28 Novembre 1987, à Tokyo (Japon)]22xxxx+++N
Penderecki
(Krzysztof)
1959Anaklasis (42 musiciens à cordes et percussions) [26 ans]Orchestre (petit). Une œuvre emblématique de la musique de l'époque (librement sérielle) qui au contraire d'autres de ce compositeur a conservé sa force (mais aussi son abstraction) : 3 parties, les cordes (y compris harpe, célesta, piano), les percussions (6 batteurs), les 2 groupes ensembles ; le titre (en Grec, réfraction) décrit bien cette musique en jeu de lumières par transformations dans chaque groupe et entre eux ; une pièce qui sur-emploie les clusters de quarts de ton, en effet de masse ; pour l'anecdote, le pianiste dispose en plus d'un ensemble de petits accessoires de percussion (une première) [création : 16 Octobre 1960, à Donaueschingen (Allemagne)].9xxx++.
Penderecki
(Krzysztof)
1961Thrène à la Mémoire des Victimes d'Hiroshima (52 musiciens à cordes) [28 ans]Orchestre (petit, à cordes uniquement, avec 24 violons, 10 altos, 10 violoncelles, 8 contrebasses). Une musique d'effroi, unique, un déferlement sonore d'une violence incroyable avec des sirènes, sifflements, hurlements suraigus, insupportables, atroces, et au sens littéral, une lamentation funèbre, d'une grande puissance dramatique (sans pathos, narrative d'une catastrophe) ; curieusement elle prend sa véritable ampleur émotionnelle dans les salles fortement réverbérées comme une église (ou les enregistrements de ce type), sinon elle peut tomber à plat ; la pièce s'ouvre par un cluster de violons hyperaigus (quarts-de-tons, sonorités perçantes, irisées), stridents, comme des cris insoutenables, suivis plus loin par des grincements dans le médium comme des plaintes arrachées ; même quand la tension semble un peu baisser, que la stridence laisse place à des sonorités plus étranges (bois frappé), mais non moins apocalyptiques, une nouvelle alarme survient, plus terrible encore que la précédente ; les possibilités sonores des 52 cordes sont poussées au maximum, procurant des sensations auditives inédites (glissandi, ultra-chromatisme) ; les écoutes successives permettent d'éclairer l'écriture extrêmement éparpillée et complexe (dans les moindres détails), la structure organisée (y compris dans l'aléatoire !)... un Must de concentré expressif et terrifiant [Création: le 31 Mai 1961 à la Radio de Varsovie, et en Septembre 1961, à la Philharmonie de Varsovie (Pologne)]... de la même veine (avec quasiment le même effectif, tout aussi effrayant mais obsessionnel, beaucoup plus distancé, sans drame ou passion, et formel : "Polymorphia" (1962), avec de nombreux clusters, mais aussi des bruits de machine à écrire, de verres, de papier froissé.10xxxxx+++.
Pousseur
(Henri)
1968Couleurs croisées (orchestre) [39 ans]Orchestre (petit). Une œuvre, plutôt tonale, au parti pris théorique (essentiellement mathématique et graphique tridimensionnel), mais qui possède une poésie propre et des chromatismes inconnus (harmonie et mélodies tonales projetées dans des espaces complexes), hors du sérialisme pointilliste ; la matière et la forme sont issues de "We shall overcome", manifeste anti-ségrégationniste Américain de l'époque (le croisement des couleurs se réfère à celui des couleurs de peaux humaines) ; en 6 sections, chacune caractérisée par son réseau (prélude aux matrices modernes), à partir des innovations formelles et recherches harmoniques initiées dans son opéra "Votre Faust" ; une pièce marquée par le chromatisme, les couleurs (plutôt métalliques et sombres, y compris pour les appels de trompettes) et par les clusters, qui se veut poème symphonique avec une courbe narrative (peu apparente, sauf dans le contraste entre les 3 mouvements : préparatif d'un combat, combat proprement dit avec des «fers» croisés comme les couleurs dans le titre, conséquences du combat -anéantissement, veillée funèbre presque solennelle), et des emprunts à des Américains réels ou immigrés (Schoenberg, Stravinsky, Ives, Copland, et le jazzman-free Cecil Taylor), selon le compositeur [création : Décembre 1968, à Bruxelles, par Pierre Boulez].27xxx++.

 



Actualisation : 29-Janvier-2017


© Jean Henri Huber, Musique Contemporaine.Info, 2005-2017 Pour retourner à la page d'accueil: BIENVENUE !
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