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ÉDITORIAUX - HUMEURS

Voici en toute modestie quelques regards liés à l'actualité, sans le recul de la Base de données, ni l'objectivité actualisée des Informations brutes… mais sans partialité.

28 Août 2017 Relevé d'Apprenti n°22 Un nouveau livre majeur en 3 volumes, par Guillaume Kosmicki, sur la Musique moderne
3 Mars 2017 Éditorial n°4 Le XXL-Scope, un nouveau développement majeur du site MCI
9 Janvier 2016 Relevé d'Apprenti n°21 5 Janvier 2016… mort à presque 91 ans du compositeur et entrepreneur phare de la Musique Contemporaine, Pierre Boulez
27 Décembre 2014 Relevé d'Apprenti n°20 Novembre 2013-2014, une année faste pour Gérard Grisey, sans prétexte d'anniversaire
4 Juin 2013 Relevé d'Apprenti n°19 La mort de Henri Dutilleux, à 97 ans, un classique du moment, entre temporel et intemporel
19 Mai 2013 Relevé d'Apprenti n°18 Dans moins d'un mois, c'est le centenaire de la naissance de Maurice Ohana… et à ce jour seul un colloque et quelques concerts l'ont fêté
28 Décembre 2012 Relevé d'Apprenti n°17 Décès attendu d'un des très rares compositeurs de sa génération à avoir pleinement intégré l'informatique musicale, Jonathan Harvey
7 Mars 2011 Relevé d'Apprenti n°16 Création ambitieuse de "La Métamorphose", opéra de chambre de Michaël Levinas, d'après Kafka
22 Février 2011 Éditorial n°3 Vive la diversité et la coopération Web 2.0, à bas la notoriété concentrée
26 Septembre 2010 Relevé d'Apprenti n°15 Décès absurde et consternant d'un compositeur météore presque trentenaire, Christophe Bertrand
27 Octobre 2009 Relevé d'Apprenti n°14 Dix CD de référence pour la décennie 2000-2009, selon J.-P. Derrien et D. Jameux… et des contrepoints !
23 Juin 2009 Relevé d'Apprenti n°13 Création scénique de "Pastorale" de Gérard Pesson : un spectacle complet
28 Avril 2009 Relevé d'Apprenti n°12 Concert monographique de Frédéric Pattar (musique de chambre) : une expressivité surprenante
10 Octobre 2008 Relevé d'Apprenti n°11 Révélation surprise d'un jeune compositeur Scandinave à Présences Paris, Jan Erik Mikalsen
25 Septembre 2008 Relevé d'Apprenti n°10 Décès d'un compositeur micro-tonal extrême, Horatiu Radulescu
18 Septembre 2008 Relevé d'Apprenti n°9 Décès d'un compositeur indépendant, sérieux et provocateur, Mauricio Kagel
15 Juillet 2008 Relevé d'Apprenti n°8 La découverte approfondie du très original et saturateur Frank Bedrossian, avec 3 concerts 2E2M
26 Janvier 2008 Relevé d'Apprenti n°7 "Les Sacrifiées", opéra de chambre de Thierry Pécou, ou l'engagement citoyen
16 Décembre 2007 Relevé d'Apprenti n°6 La Musique Contemporaine en 100 disques, un nouveau livre
5 Décembre 2007 Relevé d'Apprenti n°5 Décès brusque d'un compositeur phare, Karlheinz Stockhausen
22 Septembre 2007 Relevé d'Apprenti n°4 Création Française de "Neither", pseudo-opéra de Morton Feldman de 1977
23 Juin 2007 Relevé d'Apprenti n°3 "Wagner dream", opéra de Jonathan Harvey… pour le répertoire ?
12 Mai 2007 Éditorial n°2 La vraie faiblesse congénitale de la Musique Contemporaine, le «share of voice».
8 Mars 2007 Relevé d'Apprenti n°2 Thomas Adès et Présence 2007
15 Novembre 2006 Relevé d'Apprenti n°1 L'opéra de chambre et "Faustus" de Pascal Dusapin
24 Octobre 2006 Éditorial n°1 Ouverture officielle du site Web Musiquecontemporaine.info

Relevé d'Apprenti n°12: 28 Avril 2009... Concert monographique de Frédéric Pattar (musique de chambre) : une expressivité lyrique, polymétrique, surprenante

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Photo: © Triodebubar.net

On n'est jamais si bien servi que par soi-même ! Frédéric Pattar a fait sienne la maxime en proposant un concert monographique de ses pièces récentes avec en plus 3 créations mondiales, au théâtre-hangar «L'Echangeur» de Bagnolet (près de Paris), par l'ensemble «L'Instant Donné», une association communautaire regroupant artistes et musiciens dont il fait lui-même partie (sans, dixit, influencer la programmation). Trois zestes de style... de Pesson (sans les trous), de Sciarrino (avec de la lumière), de Lachenmann (sans la dénaturation), mais c'est secondaire, une grande louche de rythme avec ostinatos (au-delà de Bartok ou Ligeti, davantage dans la lignée du Rock soul, fusion, voire country), de danse chaloupée, et une autre grande louche de lyrisme, voilà ce qui pourrait caractériser synthétiquement (abruptement) cette musique de Frédéric Pattar, un compositeur moderne de 40 ans (CNSM Lyon, Gilbert Amy, Ircam), un enfant de toutes les musiques, et un explorateur ambitieux de nouveaux chemins (sinueux) de la musique. 
«La musique de Frédéric Pattar frappe par son caractère mouvant, et les textures sonores évoquent fréquemment la plénitude d'une matière vivante. Toujours tendues, sur le fil, ses œuvres peuvent se révéler aussi âpres que charnelles, brutes que subtiles», propose la présentation du compositeur. Au programme (dans l'ordre), 6 courtes pièces pour petit groupe instrumental varié :
  • Outlyer (2007) -flûte sul placo, violon et ensemble- est un essai réussi sur la notion de distance qui peut séparer ce qui est vu et entendu de ce qui est entendu, mais pas vu, voire caché (une forme de virtualité) : un flûtiste solo hors scène (sul palco), et une violoniste solo (qui débute par un long solo en soliloques) sur scène, tous deux accompagnés d’un petit groupe instrumental commentant, un niveau de son en dessous, le dialogue entre les 2 solistes, comme une texture en filigrane ; le corpus instrumental est original dans sa composition : une percussion intégrant un zarb (instrument percussif traditionnel, de tonalité mi-sombre comme l'alto) ou encore un Fender Rhodes (piano électrique qui a magnifié la pop des années soixante) qui apporte une sonorité brute, courte et presque déglinguée (un peu comme un orgue-jouet cassé)... une pièce avec des ostinatos susurrés, poétique, extatique (mais avec aspérité, contrastes) et des entrelacements magnétisant l'écoute.
  • Les 3 Miroirs Noirs sont liés par des ponts séquentiels de textures musicales (comme l'ont fait Grisey et Boulez, par exemple), avec un élément permanent -le trio à cordes- , qui crée les boucles (parfois en ostinato... le compositeur parle de ritournelles et joue avec, en les manipulant) :
    • Miroir Noir I (2008) -zarb et trio à cordes- avec une ouverture originale, dans les crissements gras des cordes au diapason du zarb, avec un solo virtuose de zarb et d'infinies nuances autour de la note pivot de cette percussion si riche (bluffant), puis un long decrescendo accompagné ;
    • Miroir Noir II (2009, création) -clarinette et trio à cordes- avec un ostinato en boucle rythmique qui semble ne pas pouvoir s'effacer (repris manipulé) et un jeu de clarinette sur une tonalité mouvante (mais à l'intérieur d'un territoire limité) ;
    • Miroir Noir III (2009, création) -célesta, toy piano et trio à cordes- avec ici le noir qui devient très relatif via les clochettes du celesta (le toy piano est peu utilisé, aigrelet, seulement pour contraster avec le célesta étincelant).
  • Contraintes de Lumière (2008) -flûte, clarinette, alto, violoncelle et harpe- une pièce plutôt en clair-obscur, avec une harpe percussion inattendue, avec un langage contrasté (sans extrême), avec des dialogues en flux rythmiques (sans motorisme) et un tissu harmonique d'une belle richesse (sans forte verticalité), avec un hommage bien caché (étiré) à Bach et son "Offrande musicale".

  • Délie ! (2009, création) -violon seul- courte pièce avec des tenus-lachés innovants qui créent des effets d'ascenseur.

Au total, une musique rusée, de connivence, intelligente-savante sans avoir l'air d'y toucher, suave et sensuelle, qui ne dédaigne pas de séduire (parfois avec aspérité!), qui ne boude pas son propre plaisir de s'écouter elle-même (en rythmes dansants, plutôt chaloupés), non conflictuelle, dans laquelle les phrases passe d'un instrument à l'autre comme un jeu de relais-continuité (distinct des entrelacements complexes de Fénelon), une musique enjouée, ludique, une vraie musique de chambre intime avec un dialogue incessant entre les instrumentistes (souvent solistes ou par groupe de 2), avec une importante polymétrie d'accélérations-ralentissements (plusieurs vitesses juxtaposées pour les divers instruments, ce qui crée cette sensation d'inouï -authentique, non fabriquée-, de captation de l'écoute, en tous cas très différente de la polyrythmie de Carter ou Messiaen). Un petit bonhomme joufflu (il a pris de la bouteille par rapport à la photo sélectionnée ci-dessus, bien plus jeune), jovial et astucieux, un encore-jeune compositeur prometteur -il fêtera la quarantaine en Novembre-, avec un regard à la fois aigu et amusé, diablement inventif, à qui le souhait le plus immédiat serait de lui offrir sa chance dans des formations plus importantes (petit orchestre, avec des instruments inusités et bizarres -ou devrais-je écrire bizarb?- dont il a la faveur sans ésotérisme) incluant, pourquoi pas, des voix (féminines) colorées (mezzo colorature, contralto ?). ET, pour les mélomanes qui n'ont pas la chance de pouvoir écouter sa musique, faute d'enregistrement commercialisé pour l'instant, le souhait le plus productif serait de lui suggérer d'appliquer encore la maxime initiale de "bien servi par soi-même", en ouvrant un site Internet perso... avec extraits de ses œuvres ! Jean Huber

Addendum (20 Décembre 2010 : suite ou non à ce petit article -le seul compte-rendu de ce concert- 2 pièces de ce concert mémorable ont été reprises par le Festival d'Automne à Paris, "Délie", le 29 Novembre 2010, au Théâtre des Bouffes du Nord, à Paris, et, "Miroir Noir II", le 23 octobre au Théâtre Dunois, aussi à Paris)

Addendum 2 (12 Janvier 2013, suite à un nouveau concert au Corum, à Montpellier, le webzine Anaclase a fait le compte rendu suivant : «après une introduction assez conséquente du violon solo qui souffle, siffle et gémit, "Outlyer" (2007) fait entendre les martellements amérindiens d'un zarb Iranien, les vibrations typiquement seventies d'un piano électrique Rhodes ou encore les échos d'une flûte sul palco (hors scène) qui oscille entre shakuhachi et ocarina ; la pièce en tension constante laisse place à "Snowdrift" (2012) qui nous intéresse moins par sa chair que par son ossature (autour de la soprano Marion Tassou qui livre d'un joli timbre le texte plurilingue d'Oya Erdogan, on trouve en effet une harpe frappée avec une mailloche, un cor-tuyau en plastique, des violon et alto joués de manière assez inédite, etc.)»


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